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Le scoring en 2030 aura été façonné par les crises sanitaires

18
mai
2020
Nicolas DIACONO
Technological Trends Senior Analyst
4 minutes
La crise du COVID-19 régule le monde actuel et façonne notre futur. Il existe de multiples moyens de lutter contre la pandémie mais celle qui nous intéresse et aura le plus d’impact après la période du confinement c’est le suivi géolocalisé du smartphone des citoyens. Un suivi qui ouvre la voix pour un « scoring social » déjà mis en place en Chine et qui pourrait arriver dans de multiples pays pendant la prochaine décennie.

Le fait

A ce jour ils sont 25 pays, à utiliser les données mobiles des citoyens pour lutter contre l’épidémie du coronavirus. L’objectif principal étant de vérifié que les personnes avec des symptômes respectent bien leur mise en quarantaine et d’avertir les individus s’ils ont pu être en contact avec une personne malade.  Il y a parmi ces 25 pays, 14 pays européens dont l’Allemagne, l’Autriche ou en encore l’Italie, 8 pays asiatiques dont l’Inde, la Corée du Sud mais également les Etats-Unis. En Asie, sur les 8 pays utilisant les données GPS ils sont plusieurs à s’en servir pour de la censure comme la Chine, le Cambodge ou en encore la Thaïlande (source GPSWorld).

En France aussi la réflexion est plus que de mise autour de ce tracking via le Comité Analyse Recherche et Expertise (CARE) et l’application StopCOVID. La CNIL a d’ailleurs alerté sur le fait d’anonymiser les données collectées si le processus de suivi est mis en place.

Orange a lui transféré des données sur 34 millions d’utilisateur à la Commission européenne afin d’évaluer les interactions sociales et donc les potentielles contaminations. Orange a d’ailleurs pu démontrer qu’environ 17% des Parisiens avaient quitté la capitale parisienne et sa proche banlieue (soit plus d’un million de personnes) pour aller en province au début du confinement. Google, quant à lui, analyse l’impact du confinement sur la mobilité des citoyens dans plus de 130 pays via son site Covid-19 mobility. Google et Apple travaillent ensemble sur le tracing des interactions des individus et donc de potentiels malades grâce au Bluetooth. C’est donc tout un écosystème du monde privé au monde public qui s’est mobilisé autour du tracking des individus afin de limiter la propagation du virus.

Le COVID-19 pourrait en quelques semaines redéfinir les règles de vie privée dans de nombreux pays. Quid de la réglementation européenne RGPD ? N’est-ce pas la porte ouverte à l’utilisation de nouvelles données en exploitant la lutte contre la COVID-19. A titre individuel, ne seriez vous pas prêt à donner accès à votre position afin de ne pas retourner en confinement ? Seriez-vous prêt à être tester sans symptôme ? Et après la crise, les Etats vont-ils tous faire machine arrière ou bien aller encore plus loin sur le tracing des citoyens ? Ce tracing n’est il pas la première étape d’un « scoring » des citoyens ? 

Le décodage

La Commission européenne suit de près ce qu’il se passe pour les pays ayant décidé d’activer l’exploitation des données mobiles. Elle demande à ce que ces données soient bien anonymisées. 

Pour autant, en dehors de l’Europe, il est fort à parier que cette première étape du tracing pour raison sanitaire ouvre la voie à une nouvelle forme de scoring. Les populations auront pris l’habitude sous couvert sanitaire d’être suivies et contrôlées. Cela pourra ouvrir la voie à un nouveau scoring utilisant des données comme celles émanant de notre ADN afin de connaitre par exemple nos prédispositions pour certaines maladies. 

En effet, les tests ADN deviennent de plus en plus communs dans de nombreux pays. A Palo Alto en Californie, il est même devenu normal de faire un test ADN prénatal selon le biologiste Drew Endy. Les enfants avant même leur naissance sont analysés, évalués et scorés. En fonction de votre ADN, la startup DNAnudge vous dit ce qu’il faut manger. Orig3n propose de vous dire le sport qui vous convient le mieux. L’ADN devient une sorte de driver de consommation.

Un ADN qui dans le futur pourrait être utilisé pour accéder par exemple à des services publics et à des services financiers que ce soit comme mot de passe universel ou comme source d’analyse de risque. En effet, pourquoi ne pas utiliser l’ADN au lieu du fameux questionnaire de santé lorsque l’on souscrit à un crédit immobilier ?

En Arabie Saoudite cela va même plus loin. Pour toute demande de nationalité saoudienne un test ADN sera réalisé. Ce n’est certainement qu’une première étape avant la généralisation de ces tests à l’ensemble de la population saoudienne. L’ADN deviendra alors un élément de la citoyenneté. 

Si en Europe nous sommes encore à l’abri de tout scoring social, il ne fait aucun doute que ça ne restera pas une exclusivité chinoise. C’est bien la crise du Coronavirus qui va accélérer la mise en place d’un suivi des citoyens et de leur évaluation à long terme sous prétexte sanitaire. Dans cette décennie, plusieurs dizaines de pays utiliseront la technologie pour analyser et scorer leur population. Des Etats feront même de l’ADN un identifiant national ce qui pourrait rappeler les heures sombres de notre histoire au siècle dernier.

Le scoring à la Black Mirror dont Lacie fut la victime semble devenir une réalité et l’ADN en sera la clé. Préparez-vous !

Nicolas DIACONO
Technological Trends Senior Analyst
Expert des technologiques émergentes, Nicolas parcourt les salons innovations de par le monde pour sentir les nouvelles tendances.
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