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Covid-19 : le selfie santé, maillon manquant de la télémédecine !

25
mai
2020
Guillaume RIO
Responsable Technologies & Partenariats
4 minutes
Les dernières évolutions en termes de reconnaissance d’image pourraient bien révolutionner la télémédecine et la e-santé dans les années à venir.

Le fait

Si le plan Santé 2022 du Gouvernement visait à accélérer l’usage de la télémédecine, il est indéniable que la crise du Covid-19 l’a démocratisé. A titre d’exemple, Doctolib a annoncé le 22 avril avoir hébergé plus de 2,5 millions de téléconsultations depuis le début de la crise sanitaire. Au niveau national, on est passé de 10 000 téléconsultations par semaine avant le confinement à plus de 1 million la dernière semaine d’avril, soit 100 fois plus de consultations.

S’il est certain que les téléconsultations vont continuer leur percée dans le quotidien des citoyens, on peut s’interroger sur la viabilité du retour d’informations objectives pour le médecin par l’absence des outils propres de consultations tels que le stéthoscope, tensiomètre… Seul le déclaratif du patient et l’interprétation du médecin par camera interposée faisant foi ! 

Et si le maillon manquant, était votre caméra de smartphone ? 

C’est le pari réussi par deux jeunes sociétés, Nuralogix (Canada et Chine) et Binah.ai (Israël), qui utilisent votre caméra de smartphone pendant plusieurs secondes afin de délivrer les informations suivantes sur votre état de santé :

  • Rythme cardiaque;
  • La variabilité de la fréquence cardiaque; 
  • Saturation oxygène (SpO2);
  • Trouble respiratoire;
  • État mental;
  • Pression sanguine.

Les technologies utilisées, appelées photopléthysmographie (PPG) ou « Transdermal Optical Imaging » (TOI™), permettent l’exploration des vaisseaux sanguins de façon non invasive. Le principe commun est d’illuminer la peau (région supérieure des joues du visage) afin qu’un photorécepteur puisse mesurer les petites variations d’intensité lumineuse associées à l’apport de sang dans les tissus. A travers les flux et reflux sanguin facial, beaucoup d’informations sont ainsi obtenues tels que la saturation en oxygène (SpO2), la fréquence respiratoire et la fréquence cardiaque, signes très précieux pour l’appréhension du Covid-19.

Le décodage

Depuis début mars 2020, la firme israélienne Binah.ai teste son application en collaboration avec l’Hôpital général juif de Montréal, ce qui permet au personnel soignant de réduire ses contacts avec les patients porteurs du virus du Covid-19 tout en assurant un suivi de qualité.

La fiabilité de diagnostic de Binah.ai a été confirmée par rapport aux équipements médicaux classiques et fonctionne sur n’importe quelle couleur de peau, âge et/ou sexe.

Dans le cadre du Covid-19, la détection du taux de saturation d’oxygène est primordiale. La pneumonie du Covid-19 débute parfois sur certains patients (appelés « happy hypoxics”) ne se sentant pas essoufflés, malgré que leur taux d’oxygène commence à baisser. A noter, la saturation normale en oxygène du sang (le taux d’oxygène transporté par nos globules rouges) est normalement comprise entre 95 et 100%. En dessous de 90%, on parle d’hypoxie, et sous les 80% d’hypoxie sévère. 

Il est donc clair qu’une téléconsultation qui puisse comporter une mesure de la SpO2 apparaît très sécurisante, et que la surveillance du patient suivi à domicile devrait comporter cette mesure. Aujourd’hui, on peut dire que, lors de la consultation initiale d’un patient suspect de Covid-19, cette mesure de la SpO2 est indispensable, au même titre que celle de la température.

 

 

Le champ des possibles est vaste et ne touche pas seulement le secteur de la santé, on peut très bien imaginer cette application afin de suivre ses collaborateurs, un voyageur lors de l’embarquement, d’un check in à l’hôtel…

 

 

Cela est d’autant possible que Binah.ai propose son application par le biais d’un kit de développement logiciel (SDK) en marque blanche pour tout clients BtoB. Une version grand public devrait être disponible sur les plateformes Apple et Google début juin 2020.

Les prochaines évolutions de l’application seront la possibilité de détecter : 

  • La température;
  • Le taux d’alcoolémie;
  • Le taux d’hémoglobine.

La prochaine déclinaison ou intégration physique de cette solution pourrait être le miroir de votre salle de bain, la société Care OS propose déjà une solution complète dans ce sens incluant la télémédecine intégrée.

 

 


De même, Google vise le suivi de la santé à domicile et particulièrement dans la salle de bain (comme l’évoque le brevet ci-dessous), ayant comme support le miroir pour le reporting. Les données récoltées feront l’objet d’un suivi et seraient partagées avec les professionnels de la santé préconisée par la plateforme Google (qui n’est pas encore officielle mais bien présente dans le brevet).

A horizon 2023, le marché mondial de la e-santé représentera 235 milliards de dollars et sera en grande partie dû à la démocratisation de l’IoT. Selon Allied Market Research, l’IoT médical devrait avoir une valeur nette de 136,8 milliards de dollars dans le monde d’ici à 2021, ce qui représente 40 % de l’ensemble des IoT.

Ces dispositifs étant efficaces pour un suivi en temps réel, ils pourraient jouer un rôle important dans la détection et la gestion des maladies chroniques. Cette ‘objectivité’ de diagnostique gouvernée par L’AI (computer vision) sera-t-elle garante de nos futures téléconsultations médicales ? 

Guillaume RIO
Responsable Technologies & Partenariats
Spécialiste des écosystèmes BATX & GAFA et passionné par la Chine, Guillaume analyse l'impact des nouvelles technologies sur nos vies.
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