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Covid-19 ou l’accélération de l’emprise technologique dans notre intimité !

18
mar
2020
Guillaume RIO
Responsable Technologies & Partenariats
5 minutes
Alors que le nouveau coronavirus a été déclaré comme pandémie par l’OMS (Organisation mondiale de la santé), la Chine montre pour sa part des signes d’amélioration. Si les activités à Wuhan, berceau de l’épidémie reprennent progressivement, le gouvernement chinois peut se féliciter en grande partie de son programme « Made In China 2025 ».

Le fait

Le programme stratégique chinois « Made in China 2025 », mis en place par le Premier ministre Li Keqiang en 2015 et dont l’ambition majeure est de faire de la Chine une « AI Nation », a pris une toute autre ampleur avec le Covid-19.

Chaque jour, durant la pandémie, le President Xi Jinping n’a cessé de marteler : “The fight against the epidemic cannot be achieved without the support of science and technology” (18/03/2020). Le temps semble lui rendre raison au vu des derniers chiffres.

Avec l’apparition du coronavirus, Pékin a demandé à ses géants technologiques de s’impliquer vivement dans la lutte contre l’épidémie en leur donnant les pleins pouvoirs. 

Premièrement, les BATX (Baidu, Alibaba, tencent, Xiaomi) ont étendu leurs capacités de surveillance pour aider le gouvernement à localiser les personnes qui ont potentiellement été en contact avec le virus.

Enfin, ces derniers ont également renforcé leur action dans le domaine de la médecine dite des «4P » (prédictive, préventive, personnalisée, participative).

Le décodage

Depuis ces dernières années, les géants numériques chinois s’affirment comme des concurrents frontaux face à leurs homologues de la Silicon Valley. Mais à la différence des GAFAM, leurs stratégies se confondent souvent avec celle de l’État chinois et ses infrastructures de contrôle.

  • Contrôle et surveillance

Depuis le 11 février, le gouvernement chinois s’est associé aux géants de la technologie Alibaba et Tencent pour développer un système d’évaluation de la santé par code de couleur (appelé Alipay Health Code) qui suit des millions de personnes chaque jour.

L’application pour smartphone a été déployée pour la première fois à Hangzhou avec la collaboration d’Alibaba. Elle attribue trois couleurs aux personnes (vert, jaune ou rouge) sur la base de leurs déplacements ou le fait qu’une personne a été en contact avec une autre et de leurs antécédents médicaux. Le code couleur permet de décider si une personne doit être mise en quarantaine ou autorisée à fréquenter les espaces publics. Les citoyens doivent obligatoirement se connecter à l’application d’Alipay d’Alibaba. Seules les personnes qui ont reçu un QR code de couleur verte sont autorisées dans les espaces publics. Plus de 200 villes chinoises utilisent ce système, qui sera bientôt étendu à l’ensemble du pays.


Tencent
, via sa messagerie Wechat qui compte plus d’un milliard d’utilisateurs, a développé un programme similaire pour la ville de Shenzhen, dans le sud du pays.

Dans la même veine, la société d’état CETC (China Technology Group Corporation) vient de lancer une application baptisée « Close Contact Detector » capable d’alerter tout utilisateur croisant la route d’une personne potentiellement infectée. De son côté Baidu (équivalent de Google en Chine) a créé une couche cartographique en plus de l’application standard Baidu Map qui montre en temps réel les emplacements des cas confirmés et suspectés de virus afin que les gens puissent éviter les zones les plus touchées.

Pour plus d’objectivité, les fleurons de la reconnaissance faciale tels que SenseTime, Face++ et Megvii, ont optimisé leur solution qui à date est capable de détecter avec précision une température corporelle à des distances supérieures à 3 mètres et au milieu d’un trafic de passagers compact, et ce, même lorsque la personne porte un masque ou un chapeau. Ces capteurs et scanners corporels ont été installés en nombre dans les métros, gares routières et drones de surveillance des grandes villes. Ces derniers permettent de contrôler la température des individus de chaque habitation en évitant les contacts humains directs. Les habitants appelés se placent sur leur balcon afin que soit mesurée leur chaleur corporelle par les thermocapteurs des drones. 

  • Télémédecine

De son côté, Tencent avec son entité santé WeDoctor (intégré dans Wechat) compte sur sa plateforme plus de 3 200 hôpitaux, 360 000 médecins, 15 000 pharmacies pour 210 millions d’utilisateurs enregistrés. De façon automatisée ou non, les patients déclarent au fil de l’eau leurs données personnelles et antécédents médicaux. L’IA, bénéficiaire de ces informations, peut ainsi émettre un pré-diagnostic. Selon la gravité, le rapport est transféré à un médecin afin de valider par exemple la livraison des médicaments au domicile du patient. Tout comme Tencent, Baidu et Alibaba (AliHealth) ont le même type de plateforme de consultation médicale en ligne au sein de leur super App.

  • Cloud computing et l’intelligence artificielle

En amont, Alibaba (Alibaba Cloud) a développé un système d’IA capable de détecter COVID-19 dans un scan tomographique de la poitrine d’un patient en 20 secondes, avec une précision présumée de 96%. Le système a été formé sur les images et les données de 5 000 cas confirmés de COVID-19, et serait déjà utilisé par au moins 200 établissements de santé en Chine. 

La même unité d’Alibaba a mis sa plate-forme à la disposition des institutions de recherches mondiales pour les aider à accélérer leurs efforts dans le domaine du séquençage des gènes liés au coronavirus.

Baidu fournit également un algorithme appelé « LinerFold » gratuitement aux agences de dépistage génétique, aux centres de contrôle des épidémies et aux institutions de recherche du monde entier. L’algorithme est capable d’aider les scientifiques à comprendre la composition génétique du coronavirus et pourrait contribuer aux efforts de développement d’un vaccin.

D’ici à 2030, la Chine devrait dominer l’intelligence artificielle mondiale. Actuellement, 50 % des dépenses mondiales de recherche sur le sujet sont chinoises, 38 % américaines. L’Etat, pour endiguer le Codiv-19, fournit aux géants numériques chinois l’accès total aux données personnelles de leurs concitoyens et facilite leur avance en terme d’IA !

Les propos de Yang Minglu, directeur général de l’unité de soins de santé de Baidu, vont dans les sens du bien-être public : « À l’avenir, l’entité de santé de Baidu continuera à se concentrer sur la recherche et le développement technologique ainsi que sur un système de soins de santé intelligent, en construisant une plate-forme de services de gestion de la santé à guichet unique et en participant activement au développement de la santé publique en Chine« .

Maîtriser la data santé, c’est acquérir un pouvoir décisif. La santé constituera le principal vecteur d’émancipation des écosystèmes. En s’appropriant les données santés, les acteurs à l’image des BATX, interviennent au-delà des frontières jusqu’alors tenues par les gouvernements qui arrivent de moins en moins à satisfaire les services de santé. Ces nouveaux entrants instaurent le dialogue le plus intime possible avec le consommateur, sans retour en arrière possible. La santé fera d’eux un véritable tiers de confiance et compléteront leur offre de produits et de services de façon décisive pour créer au sens propre et littéral un forfait de vie.

Les géants du numériques américains vont-ils, à l’image d’Amazon qui continue sa percée dans le secteur dans la santé avec le lancement d’Amazon Care, accélérer leur emprise sur nos vies, en devenant un acteur majeur contre la lutte du Covid-19 ?

Guillaume RIO
Responsable Technologies & Partenariats
Spécialiste des écosystèmes BATX & GAFA et passionné par la Chine, Guillaume analyse l'impact des nouvelles technologies sur nos vies.
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