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A défaut d’un Shoptalk à Las Vegas, l’événement s’est transformé en une plateforme digitale de meeting one to one et de tables rondes. Contrairement à bien des événements digitaux, cette plateforme de networking fut très pragmatique et donc efficace. Nous avons eu la chance de discuter avec bon nombre d’experts du commerce, des startups et des retailers, à travers plus d’une vingtaine de meetings de 15 min, et deux workshops sur le futur du e-commerce.

GroceryShop SpringMeeting

Evidemment la pandémie était au cœur des discussions. Mais le sujet principal était de bien comprendre comment le commerce va évoluer et quelles habitudes les consommateurs vont garder sur le long terme.

Fabric, fournisseur de solutions pour automatiser les entrepôts a pu revenir sur l’explosion des demandes qu’il reçoit. Ces demandes sont faites pour transformer une partie des surfaces de vente de supermarché ou hypermarché en micro hub logistique. Ces mini hubs permettent de préparer en moins d’une heure les commandes effectuées en ligne, que ce soit pour la livraison ou le drive. Même son de cloche chez Timereaction qui propose une solution d’optimisation pour le workflow des commandes en ligne. Leur solution va même jusqu’à décomposer une commande en ligne en plus de 500 micro-tâches à réaliser. Ce découpage permet d’optimiser les flux logistiques et de s’assurer que rien n’est oublié dans le process afin de garantir la meilleure expérience client.

La vision des experts autour de la notion de shopstreaming est très variable. Tout le monde s’accorde pour dire que c’est un succès en Asie mais pour son déploiement en Europe et aux Etats-Unis les points de vue divergent.

Pour Gfk et IRI il ne fait que peu de doute que cette tendance du e-commerce va monter en puissance car les consommateurs sont prêts, et plus particulièrement les femmes de moins de 30 ans selon Gfk. Pour Jason Goldberg de Publicis, cela semble plus compliqué car le succès du shopstreaming n’est possible qu’avec l’essor des wallets digitaux. Autant la majorité de la population chinoise est équipée soit d’Alipay soit de Wepay, autant pour la population américaine c’est une tout autre problématique. Le marché des wallets y est certes dominé par Amazon et Paypal, mais avec des taux de pénétration assez faible en comparaison de ce qui se fait en Asie. Et pour Jason Goldberg c’est bien la forte pénétration des wallets qui a facilité les actes d’achat dans les streamings en facilitant le checkout. Pour autant la notion de rendez-vous vidéo avec des vendeurs va selon lui perdurer et principalement dans le luxe.

Pour Hana Ben-Shabat, fondatrice de Planet GenZ, cette jeune génération va changer la donne de la consommation mondiale. Pour elle, cela provient du fait que cette jeune génération privilégie l’investissement et de faire des économies plutôt que de consommer à tout va car ils ont vu leurs parents prendre de plein fouet la crise de 2008. Avec la crise, cette tendance s’est renforcée car plus de 40% des GenZ sont inquiets quant à leur avenir.

Lors des tabletalks, il s’est avéré que le monde de la distribution alimentaire allait devoir évoluer très rapidement. Si au début de la pandémie tout le monde s’était pris de passion pour la cuisine, l’achat de produits frais, la réalité du télétravail a par la suite repris le dessus. Aujourd’hui les consommateurs américains veulent de la praticité et se tournent donc vers la commande de plats préparés ou la commande de menus semainiers avec le batch cooking. Une tendance en pleine explosion outre-Atlantique qui consiste à cuisiner tous les repas de la semaine en une seule fois à partir de recettes en ligne.

Le site publiant les recettes se charge de faire la livraison des produits nécessaires. Au-delà de l’aspect sanitaire, les consommateurs ne veulent plus perdre de temps en magasin. Pour Josh Gordon d’Amazon Pay, le passage en magasin physique ne se fera que pour les produits frais le reste des courses sera déjà automatiquement commandé via le canal web. Un magasin qui doit s’hybrider autour de points centraux comme le retrait des commandes, les retours produits, le drive et le conseil selon Brendan Withcher VP chez Forrester. Brendan assure d’ailleurs que le concept Amazon Go peut d’ici 5 ans remplacer une enseigne comme 7eleven.

Pour Phil Lempert de Supermarketguru, il est temps que les distributeurs prennent leurs responsabilités sur la qualité des aliments qu’ils vendent. Pour lui, la pandémie a clairement démontré qu’une bonne alimentation était garante d’une bonne immunité. Il faut arrêter l’hypertransformation industrielle et même légiférer dans ce sens.

En complément nous avons pu discuter avec Algocart, cette startup propose aux enseignes de personnaliser leurs offres alimentaires en ligne en fonction de l’état de santé de leurs clients. Les clients pourront renseigner les pathologies et allergies dont ils souffrent et l’algorithme de la startup ne montrera aucun produit contre indiqué. Pour Yuva Canfi, CEO d’Algocart, on se dirige clairement vers la fusion de la santé et du commerce de grande consommation. A terme, les distributeurs pourraient même devenir les garants de notre santé grâce à l’implémentation d’intelligence artificielle dans les parcours clients.

Pour ce qui est d’un commerce durable, responsable et engagé la démarche de la startup MeetLia est très intéressante. MeetLia propose un test de grossesse entièrement biodégradable car il faut savoir qu’aux Etats-unis 1000 tonnes de déchets plastiques non recyclables sont générés par ces tests. MeetLia a tout simplement changé la donne en repensant le design du produit pour remplacer le plastique par du papier. Au final le test MeetLia, approuvé par la FDA, est biodégradable en moins de 10 semaines. Au-delà du produit cette approche pour un design éco-responsable est à suivre, et inspirante. Pour Bethany Edwards, CEO Lia Diagnostics, c’est tout le packaging de la grande distribution qui doit être repensé afin de préserver l’environnement. Et si une startup a pu le faire pour un produit médicalisé, aucune raison que les marques CPG (grande consommation) ne puissent également le faire sur leurs produits.

Le commerce est en pleine ébullition et la pandémie a redistribué les cartes pour créer le commerce de demain. Un commerce connecté et responsable.

Article publié le 18 mars 2021 par

Nicolas DiaconoNicolas Diacono

Technology Trends Analyst 

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