
le 31 mai 2009
Le point de vue d'André-Yves Portnoff, directeur de l’Observatoire de la Révolution de l’Intelligence, Groupe Futuribles International.
La Network Neutrality, est plus que jamais au cœur des débats. Selon ce concept introduit en 2005 ...
...«
les architectures et les opérateurs de réseaux ne devraient pas
effectuer de discrimination entre les applications utilisant ces
réseaux » .
Or les opérateurs de téléphone qui construisent et gèrent les
infrastructures d’accès à Internet voient d’un mauvais œil les
applications gourmandes en bande passante qui les obligent à investir
pour le profit des Google, eBay et autres Apple. D’où la proposition il y a trois ans par BellSouth et ATT d’un Internet
à plusieurs niveaux - les services offerts par un site seraient plus ou
moins rapides selon qu’il aurait payé une redevance ou pas au
fournisseur d’accès - toujours en débat au Congrès américain, tiraillé
par les deux lobbies, les Républicains en gros défendant les telcos.
La bataille de la voix sur Internet
Les opérateurs ont les moyens de privilégier des mails, des services, les internautes meilleurs clients, identifiés selon leur comportement, leur langue, leur pays d’origine. Les « telco » s’efforcent de bloquer la voix sur IP (VoIP). Tel opérateur mobile français interdit Skype sur les netbooks connectés à la 3G qu’il vend en les subventionnant. En Allemagne, T-Mobile interdit la voix sur IP sur les iPhone qu’il vend. Or Nokia va préinstaller Skype, Blackberry également et les téléphones qui adoptent Androïd de Google vont aussi permettre de téléphoner sur WiFi. Apple vient d’insérer Skype dans les offres gratuites de iTunes, à l’intention de ses 30 millions d’iPhones et iPod Touch : en 10 jours, 10 millions de téléchargements. Le groupe Voice On the Net (VON) (Skype, Microsoft, Google et Intel) a saisi la Commission Européenne. L’épreuve de force est donc engagée. C’est la survie des opérateurs classiques de téléphone qui est en jeu, à moins qu’ils transforment leur modèle économique radicalement.
Libertés versus sécurité
Les pouvoirs publics à leur tour interviennent pour contrôler les usages d’Internet : la loi Hadopi votée le 13 mai impose aux fournisseurs d’accès de déconnecter les internautes téléchargeant illégalement, une sanction condamnée par le Parlement européen le 6 mai dernier.
L’article 6 d’une autre loi en cours de discussion en France, la LOPPSI, loi pour la performance de la sécurité intérieure, « impose aux fournisseurs d’accès à Internet [
] d’empêcher sans délai l’accès aux contenus illicites dont les adresses électroniques sont désignées par arrêté du ministre de l’intérieur sous peine d’un an d’emprisonnement et de 75.000 euros d’amende.» L'un des pionniers d'Internet, Jean-Michel Planche voit dans cette mesure de la lutte contre la pédophilie l’officialisation du droit de surveiller les internautes et l’institution d’une gouvernance centralisée d’un réseau dont la logique fondatrice est la décentralisation. Un projet de filtrage analogue a été retardé en Australie. Aux USA débats et manœuvres continuent.