
Demain, les interfaces organiques
Par Hubert Guillaud, journaliste, rédacteur en chef de la rubrique InternetActu.
Parmi les nombreuses présentations qui se sont tenues à la conférence Computer Human Interaction à Boston en avril, l’un des ateliers, qui rassemblait tous les gourous de la spécialité, s’intéressait aux interfaces organiques, c’est-à-dire aux interfaces capables de modifier et d’adapter leurs formes.
Les interfaces organiques désignent des interfaces flexibles, gonflables ou lumineuses
c’est-à-dire physiquement modifiables par l’information elle-même, tant et si bien qu’elles semblent vivantes, à l’image de nos organes.
Avec ces interfaces, l’affichage s’adapte à la forme du support et le support lui-même devient l’affichage. Le support est évolutif et peut-être déformé selon les interactions qu’il reçoit, lui permettant de se reconfigurer si nécessaire pour refléter la nature de l’information à afficher. “Le support matériel de l’objet est en lui-même un parcours de navigation”, expliquait le designer Benoît Drouillat. L’objet est l’interface, comme le défend un autre designer, Jean-Louis Fréchin.
Les interfaces utilisateur organiques (Organic User Interfaces, OUI) explorent l’avenir de la conception, expliquait le numéro de juin 2008 de Communication of the ACM, dédié à ces nouvelles interfaces. C’est-à-dire qu’elles évoquent un avenir où les matériaux contrôlés par les capacités de calculs seront devenus courants. Ces interfaces reposent sur une vision que la forme physique des dispositifs d’affichage va devenir “non-plat”, expliquent les organisateurs de l’atelier (.pdf) du CHI 2009, intitulé “Programmer la réalité : des matériaux transitionnels aux interfaces utilisateurs organiques”. Cela induit que les dispositifs d’affichages et nos environnements vont prendre des formes flexibles, dynamiques, modifiables par les utilisateurs ou par eux-mêmes, selon l’information qu’ils reçoivent. Selon ceux qui aujourd’hui réfléchissent à ces interfaces, elles induisent trois grandes formes d’innovation :
> Les systèmes d’affichages peuvent prendre n’importe quelle forme. Que va-t-il se passer quand n’importe quel objet, quelque soit sa complexité, sa dynamique ou sa flexibilité pourra être enveloppé avec des images et des fonctions interactives ? Quelques projets explorent ces possibilités suggérant que la conception des éléments de l’interface pourra suivre la forme physique de l’affichage lui-même. Dans ce type d’innovations, la forme de l’affichage est égale à sa fonction.
> Les dispositifs d’affichage peuvent changer de forme. A l’avenir, la forme physique des dispositifs de calcul ne sera peut-être plus forcément statique. D’un côté, ils seront en mesure de se plier, se tordre, d’être tirés ou rabattus, comme des origamis. D’un autre, nos dispositifs de calculs seront capables d’altérer leur forme dynamiquement. La forme physique des dispositifs d’affichage du futur dépendra du flux d’interaction avec l’utilisateur.
> L’écran devient le périphérique d’entrée. Comment allons-nous interagir avec des dispositifs qui peuvent prendre toutes sortes de formes ? Une chose est sûre, les interfaces où l’on pointe et clique ne seront plus suffisantes. Mais les interfaces multitouch, les interfaces gestuelles et les déformations de surfaces en 3D, qui seront réalisées à la surface même de ces dispositifs, seront nécessairement plus adaptées.
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